Green Paradise !

Un peu de chauvinisme ne peut pas faire de mal alors pour être au clair avec le sujet, mettons tout d'abord les points sur les "i" et les barres sur les "t". Non, la Guyane ne prend pas deux "n" comme on l'écrit souvent, et non encore, ce n'est pas une île perdue au fin fond du  Pacifique ou une contrée reculée d'Afrique ou de Papouasie Nouvelle Guinée. Voilà, ça, c'est fait !

Soyons positif pour une fois sur la vision erronée que l'on a d'un petit bout de France situé au Nord Est de l'Amérique du Sud. Evitons d'abord le terme d'enfer vert parce que ces endroits sont à peu près les derniers bastions encore debout d'une forêt primaire qui s'étiole et qui se meurt sur cette planète. Oublions surtout le lourd passé colonial et pénitentiaire de ce bout du monde qui n'avait rien demandé à personne. Et finalement, restons calme, la faune du coin paraît certes dopée aux hormones en regard du gigantisme ambiant mais les attaques mortelles de fourmis manioc, d'araignées matoutous ou de jaguars sont extrêmement rares.

Vous avez dit Mosaïque !

La guyane ressemble un peu aux publicités de la marque Benetton mais en vrai, à savoir un peu plus de 250 000 habitants recensés et pas moins de 40 nationalités différentes. Tout ce beau monde (oui, ils sont très beaux !) est concentré sur à peine 5 % d'un territoire qui couvre 82 000 km2.

On y parle donc à peu près 25 langues différentes comme le français, le créole guyanais ainsi que le créole martiniquais, guadeloupéen, haïtien, dominicain et saint-lucien, le chinois, l'espagnol, le portugais, l'arabe, le hmong, l'hindoustani, le sranan tongo, le wayampi, le palikur, le javanais, etc...

Les ancrages culturels et religieux très forts de ces populations font toute la richesse de ce pays. L'immigration a fait de ce territoire d'Outre Mer une terre de métissages féconde des apports de chacun.

Exercer en Guyane !

Pour qu'il n'y ait  pas de quiproquo, on va d'abord tordre le cou aux clichés si vous le permettez. Non, être infirmier libéral en Guyane, ce n'est pas se gratter les pieds toute la sainte semaine allongée sur un transat face à la mer, ce n'est pas se la couler douce et jouer à la feignasse devant une caïpirinha sous prétexte qu'il y fait beau. Ce n'est pas non plus se battre avec des anacondas longs de six mètres au cours de sa tournée. On range donc son hamac, ses tongs, son chapeau de soleil et sa machette sinon on va avoir l'air ridicule et on se met en tenue pour aller bosser.

Etre infirmier libéral en Guyane, c'est d'abord se lever très très tôt le matin. Nous sommes sous l'équateur et à cette latitude, le soleil se lève et se couche quasiment toujours à la même heure. Entre six et sept heures du soir, c'est mort, on ferme les rideaux et on se met en mode nuit. Les patients sont donc tous debout au chant du coq parce que plus l'heure avance dans la journée et plus il fait chaud.

Etre infirmier libéral en Guyane, c'est baragouiner plusieurs langues y compris le langage des signes pour se faire entendre. C'est faire face à l'illettrisme, à la pauvreté et à l'insalubrité de certains lieux d'habitations. C'est composer avec la culture et les croyances de chacun en sachant qu'une bonne prise en charge ne dépend souvent que de cette adhésion de votre part.

Etre infirmier libéral en Guyane, c'est travailler plusieurs mois de l'année sous la pluie. Et lorsque l'on parle de pluie, ce sont des seaux d'eau qui vous tombent sur le râble. Il est donc inutile de se la jouer pepette parce que la jolie paire de pompes qui vous a coûté un bras ne résistera pas à un tel déluge pas plus que votre brushing d'ailleurs. Les bottes en caoutchouc, les croc's en plastoc ou les tongs sont donc les bienvenues même elles sont peu esthétiques.

Etre infirmier libéral en Guyane, c'est encore et plus que tout s'enrichir chaque jour et apprendre d'un autre si différent de soi. C'est faire preuve d'humilité et de compassion. C'est accepter l'autre pour ce qu'il est sans désir de le modeler. C'est prendre en compte ce qu'il est et ce qu'il était bien avant que vous n'entriez dans son existence.

Etre infirmier libéral en Guyane, c'est en fait ma vie... Definitively, I love this country !

La Seringue.