L'extinction d'une espèce menacée !

On ne va pas y aller par quatre chemins, on ne peut pas dire ça autrement, ça sent le sapin ! Le libéral se fait la malle, se carapate, se déglingue, se débine sous nos pieds et finira sous peu aux oubliettes des arts et métiers.

Tels  le poinçonneur des Lilas ou "Lonesome Georges", la tortue géante des Galapagos qui s'est éteinte en 2012 signant ainsi l'extinction de son espèce, nous sommes sans doute les derniers spécimens d'une profession moribonde qui s'éteindra cruellement dans la plus grande indifférence. Peut-être aurons-nous l'honneur de figurer au mieux au Musée Grévin, au pire au Musée des métiers d'antan de Perpète-les-Alouettes ou de Triffouilly les Oies aux côtés du bien nommé monsieur le bourreau, de la dentellière d'Alençon et du radiotélégraphiste de la marine.

Les raisons de la colère !

Alors, oui, en effet, nous avons le droit d'être quelque peu énervés par ce qui nous pend au nez. Il est légitime d'être plus qu'excédés de se voir dépossédés de tout ce qui fait notre choix de vie, à savoir l'indépendance dans le travail. Notre colère est justifiée lorsque nous prenons conscience que l'on veut nous amener de gré ou de force vers le salariat. Notre grogne est fondée quand on mesure clairement la relation de dépendance que l'on veut nous imposer avec des structures comme les hospitalisations à domicile. Nous avons matière à être furibards en raison des nombreux flicages dont nous sommes victimes dans un contexte de médecine comptable où il n'est jamais question de qualité des soins, où notre travail n'est pas évalué et estimé à sa juste valeur. Combien de patients nous reviennent avec des escarres à leur sortie d'hôpital, combien de syndromes de glissement ? Doit-on se plaindre de notre travail ? Non, si l'on en croit un sondage récent selon lequel 90 % des français aiment les infirmiers. Ils nous trouvent compétents, courageux, sympathiques et à l'écoute. Les chiffres parlent d'eux-mêmes, il n'y a pas mieux comme preuve de notre utilité !

Austerlitz ou Waterloo ?

Pour lutter contre le tsunami qui nous arrive en pleine poire, il n'y a pas 36 moyens. Seule l'union de tous les libéraux de France pourrait contrecarrer les merveilleux projets que l'on nous mijote. Inutile donc de recruter des volontaires éclairés  candidats à l'immolation par le feu, cela ferait beaucoup trop de fumée pour rien.

Le droit de grève acquis pour tous depuis la Constitution de 1946  est, dans notre cas, restreint par les exigences de la continuité des soins. Ce qui implique une obligation de service minimum. "Il convient d'opérer une nécessaire conciliation entre le droit de grève et d'autres droits ou principes constitutionnels tels que : continuité du service public, protection de la santé publique et de la sécurité, sauvegarde de l'intérêt général..."

Cependant, en 1988, 100 000 infirmiers descendent dans la rue poussés par la même rage et le même désir de reconnaissance. A l'époque, il est question d'ouvrir l'accès aux études d'infirmier aux non bacheliers, ce qui naturellement provoque un tollé au sein de la profession, s'ensuit une demande de revalorisation salariale. Pendant que certains infirmiers manifestent dans les rues, les autres assurent les permanences au sein de leurs services. Ils sont soutenus par la population et c'est grâce à cette union pour leur reconnaissance, unique dans leur histoire qu'ils ont eu gain de cause. Cette même question à propos de la reconnaissance reste malheureusement un sujet d'actualité aujourd'hui, sommes-nous prêts à revivre des événements semblables, sommes-nous aptes à nous fédérer afin de préserver ce que nous sommes mais aussi afin de construire notre avenir ? Il est plus que temps de s'interroger sur nos capacités et d'agir. Nos heures sont comptées.

La Seringue.

1988-2015, Même Combat !