Les joies du métier

Je ne sais pas pour vous mais il y a des situations parfois qui vous donneraient envie de rouvrir les goulags une petite semaine histoire de redonner un peu de sens commun à certains parents.

Je ne sais pas non plus ce qui se raconte dans les alcôves à propos de nous, les infirmiers, mais il est clair que nous devons terroriser et donner des cauchemars à beaucoup de petites têtes blondes, brunes ou rousses.

N'avez-vous jamais entendu ce genre de petites phrases ridicules lancées à l'envi par certains parents en mal d'autorité. Ces petites formules toutes faites sensées apporter calme et silence comme "Sois sage où la dame va te faire une piqûre !" ou "si tu ne te tiens pas tranquille, tu iras à l'hôpital !" qui, aux yeux de ces enfants font du monde médical et paramédical, un véritable no man's land peuplés de monstres en blouses blanches.

On dit donc bravo ! Belle entrée en la matière pour le pauvre infirmier qui va débarquer un matin comme un cheveu sur la soupe pour faire un soin à un marmot traumatisé par la "dame ou le monsieur qui fait des piqûres".

Cruella et la diplomatie

Vous n'avez pas franchi le portail que vous entendez déjà s'époumonner le petit que vous allez prendre en charge. Ce qui annonce à coup sûr un futur pénible, laborieux, énergivore et chronophage.Vous n'avez pas encore pénétré dans la grotte de l'animal qu'il est déjà pendu au lustre du salon ou terré sous un lit.

Dès lors, vous allez avoir un travail digne d'un négociateur lors d'une prise d'otage pour tenter d'amadouer et de raisonner le morpion. Une petite suggestion, le port de boules quiès est vivement conseillé dès l'entrée dans la tanière du petit monstre au vu des décibels que vous allez vous prendre dans les esgourdes.

De votre capacité à convaincre va dépendre la suite des événements. Certains d'entre nous vont se la jouer perfide et sournois en agitant une magnifique sucette Pierrot Gourmand au nez et à la barbe du minot, tel Kaa dans le Livre de la Jungle, "Aie confiance, crois en moi !". Mauvaise pioche, bien que l'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, la petite douceur, on se la garde pour l'après, c'est à dire lorsque le travail est bâché. D'ailleurs, vous aurez peut-être besoin de garder cette sucette pour vous parce qu'avec l'énergie déployée pour cette affaire, vous frôlerez sans doute l'hypoglycémie.

D'autres parmi nous vont s'échiner à convaincre le bambin qu'ils ont en face d'eux que le geste qu'ils s'apprêtent à faire à son endroit n'est absolument pas douloureux. Que nenni ! Les soins font souvent souffrir et générent de l'angoisse. Les enfants ne sont pas des imbéciles et la souffrance par ailleurs, est propre à chacun, inutile donc de lui  mentir surtout avec seringue et aiguille à la main.

Il est tout aussi absurde de lui décrire un scénario catastrophe ou de le menacer, ses parents s'en étant déjà chargés en ruinant votre image de soignant.

Une stratégie d'approche consiste à détourner l'attention de l'enfant vers un événement positif (Noël qui arrive, son anniversaire, ses vacances, ses copains,  etc...) et, ainsi, de pénétrer dans son monde. Il est aussi important de lui expliquer ce qu'on va lui faire, de le faire participer au soin et de le rassurer en lui disant que ses parents sont là. Les parents peuvent d'ailleurs être acteurs eux aussi dans cette prise en charge.

Je vous souhaite bon courage. Vous pouvez dès à présent retirer vos boules quiès et savourer votre sucette Pierrot Gourmand tranquille...

La Seringue.