Une vie ordinaire

En quoi une petite infirmière anglaise à la retraite pourrait-elle bien nous intéresser aujourd'hui ? Qu'a-t-elle fait d'extraordinaire pour que tous les regards se portent vers cette inconnue ? Et bien rien ou plutôt si, il se trouve que Gill Pharaoh vient de mourir à Bâle en Suisse dans une clinique spécialisée. Il se trouve aussi qu'à 75 ans, elle était en pleine forme et avait toutes ses capacités.

Pourtant, elle a fait le choix délibéré et éclairé de se donner la mort préférant mourir que vieillir en ayant recours au suicide médicalement assisté."Ma vie a été bien remplie. Je suis prête à mourir, maintenant", a expliqué Gill Pharaoh au Sunday Times.Gill était mère de deux enfants et avait un compagnon. Ayant travaillé dans une unité de soins palliatifs et écrit deux livres sur les personnes âgées, elle disait refuser de vieillir et être une charge pour sa famille et la société.

La loi suisse interdit l'euthanasie mais autorise le patient à accomplir lui-même l'acte provoquant la mort.

Le choix des armes

Le choix de Gill a soulevé un tollé dans la presse et au sein des associations pro et anti-euthanasie.

L'euthanasie ( "mort douce" en grec) désigne le fait d'avoir une mort douce qu'elle soit naturelle ou provoquée. Mais il est certain que dans l'inconscient collectif, le terme "euthanasie" porte en lui une charge émotionnelle énorme puisque ce fut hélas, le leitmotiv des nazis pendant la Shoah. Bien qu'adepte du fait d'appeler un chat, un chat, il me semblerait judicieux pour une fois d'utiliser le terme de suicide assisté. Il y a des mots qui sont trop lourds de sens et qui, chargés d'histoire, n'arrivent pas à trouver leur place dans notre quotidien.

L'histoire que nous portons en nous, notre culture, notre religion nous imposent une vision de la mort souvent terrible. Il est accepté par le plus grand nombre de mourir dans la douleur, le trépas étant vécu comme une ultime crucifixion, dernier écot avant le jugement dernier. Tel le Christ, mourir, c'est souffrir.

Les clichés ont la vie dure : souffrir le martyre, souffrir le calvaire ou les tourments de l'enfer, enfanter dans la douleur... Toutes ces expressions ont leur point d'ancrage dans la religion judéo-chrétienne et elles nous sont pour ainsi dire acquises.

Nous disposons aujourd'hui pourtant de beaucoup de moyens pour pallier à la douleur et alléger les fins de vie. Une femme, par exemple, peut choisir de plein gré d'avoir recours ou non à la péridurale lors de son accouchement.  L'analgésie péridurale est un droit et un devoir pour le corps médical de la fournir à toute femme qui la demande. Nul n'est besoin de souffrir héroïquement de nous jours lorsque l'on met son enfant au monde. Et pourtant, certaines femmes considèrent encore que l'accouchement n'est pas "abouti" sans cette souffrance infligée par Dieu lorsqu'il chassa Adam et Eve du Paradis terrestre.

Il est toujours très étonnant de voir comme le suicide brutal, non programmé de personnes que nous avons connues nous plonge dans le chagrin et la mélancolie. Nous cherchons à comprendre, à expliquer un geste. Cette forme de suicide est souvent dépourvue de toute forme de jugement. Il interpelle et soulève des questionnements, et, dans nos esprits, il s'agit le plus souvent d'un geste désespéré laissant une porte ouverte au regret du geste.

A l'inverse, le suicide assisté qui est donc programmé et réfléchi est  souvent jugé et condamné sur la place publique alors que l'issue est au final la même.

Le dernier voeu de Gill Pharaoh : "Ne me jugez surtout pas !"

90% des français et 94% des seniors sont favorables au recours à l’euthanasie active pour les personnes en fin de vie qui en feraient la demande.

La Seringue.