Genèse du syndrome insurrectionnel

Ernestine Guévara, infirmière libérale de son état, a depuis l'enfance une propension à défendre la veuve et l'orphelin. Sa vie est un combat qui demande de l'engagement, et question engagement justement, elle n'en manque pas. De façon sporadique, nous croisons tous au cours de notre carrière notre Ernestine de service qui peut tout aussi bien s'appeler Ernest d'ailleurs.

Les prédispositions à devenir Ernestine (ou Ernest) sont parfois naturelles voire innées, héritage de parents ou de grands-parents communistes (Oui, ça existe encore !) ou syndicalistes, ce qui revient presque au même. Une sorte de bouillon social dans lequel elle serait tombée dès la naissance lui laissant une marque de fabrique indélébile avec écrit, en lettres de sang au fronton de son existence, le légendaire "Hasta la victoria siempre". Parfois, c'est un éveil de la conscience pendant une crise d'adolescence agressive et brutale qui la pousse au combat, douleurs et tourments étant symbolisés par le non moins célèbre  "No future". D'autres fois, mais c'est plus rare, la foi lui vient plus tardivement (Oui, on peut parler de religion lorsque l'on parle de révolution ! Il n'y a rien d'antinomique là-dedans !) et s'apparente plus à un ras le bol général qui fait que tout bascule.

La Foi et les limites de la Foi

Chez Ernestine, sachez-le, l'investissement personnel n'a pas de limites, elle est de tous les combats, de toutes les résistances, de toutes les contestations et de tous les affrontements. C'est une guerrière qui ne ménage pas sa peine pour défendre ses idées.

Dans la révolution, tout est bon et tout est prétexte à manifester. Elle y met toute son énergie et peut passer des nuits entières à conceptualiser des slogans provocateurs ou vengeurs. Il n'y a pas de causes perdues pas plus que de ridicule. Elle peut, selon l'action, manifester tout aussi bien à poil qu'en moon boots en plein juillet ou traîner ses marmots dans les rangs des manifestants par moins quinze.  L'endoctrinement familial étant nécéssaire à la cause (plus on est de fous, plus on rit !), il est impératif pour elle que chacun dans sa famille participe même dans les tenues les plus grotesques. On compatit et on dit merci au conjoint et aux enfants...

L'essentiel étant de frapper le quidam, d'interpeler la population sur des sujets aussi divers et variés que la faim dans le monde, la mort du libéral, la procréation médicalement assistée pour les couples gays, le mariage pour tous, le massacre des baleines ou la construction d'un gigantesque barrage en Amazonie. Notre Ernestine se tape les manifs comme on va à l'église chaque dimanche. C'est une convertie à toutes les revendications sociales, économiques, politiques et ses combats n'ont pas de frontières. Elle se sent concernée par tout ce qui touche l'humain où qu'il vive. Ernestine est rodée pour affronter le difficile exercice de la guerre. Elle est suréquipée pour parer aux intempéries, ampoules aux pieds, hypoglycémies et extinction de voix.

Devant une tâche aussi grande à mener, Ernestine se sent parfois bien seule, elle aimerait tellement partager ses convictions avec des consoeurs et des confrères comme elle. Elle se dit que l'engagement, ce n'est plus ce que c'était et qu'elle est sans doute une espèce en voie d'extinction. Et cependant, elle lutte encore...

La Seringue;