Dring, dring, c'est l'heure !

Argh !!! ça y est, nous y sommes, nous allons pouvoir enfin nous la couler douce et glandouiller pépère. Après des années de bons et loyaux services, on rend son tablier, sa boîte de gants latex, son SHA et son bic quatre couleurs sans un remord, sans un regret, le temps de la retraite a enfin sonné pour nous. Ce n'est pas peu dire que nous l'avons attendu et espéré ce moment. Fi du réveil matin la tête dans le bip à chercher désespérément les clés de sa voiture que l'on a dans la main, fi de la paperasserie administrative qui nous mangeait nos soirées au dépens de notre famille, fi de l'Urssaf, de la Carpimko, fi des patients qui nous rongeaient les sangs, fi des problèmatiques liées à la parentalité (Adieu couches culottes, maladies infantiles, crises d'adolescence et tout le bastringue !), fi de l'ordre établi et de la routine. Vive la liberté, nous allons reprendre notre vie en main et ça va être Byzance, moi je vous le dis !

Nous sommes prêts à parcourir le monde à pied s'il le faut ! Nous avons des voyages pleins la tête, des envies à ne plus savoir quoi en faire et le summum du summum, nous avons enfin du temps pour nous (oui, je vous l'assure, rien que pour nous et nous seuls toutes ces heures, minutes et secondes) Enfin bref, c'est le paradis. Et comme tout paradis qui se respecte, il est beau, il est tranquille, il est sympatoche, il est P.A.R.A.D.I.S.I.A.Q.U.E. Nos élucubrations vont bon train quant à notre devenir avec souvent un petit décalage avec la réalité de terrain. Certains d'entre nous se voient faire le tour du monde à pied ou en tandem, d'autres optent pour une retraite dans un tipi au fin fond de l'Oklahoma ou dans une yourte au Kazakhstan, d'autres encore embarquent à bord du vaisseau "Jeunesse" et tentent tant bien que mal de revivre leurs rêves de gamins (sauter en parachute ou à l'élastique, revêtir son tutu et faire des pointes, apprendre le sanscrit en 40 leçons...) ou investissent dans des cures de jouvance aux tarifs exponentiels au regard du ravalement de façade à entreprendre.

Atterrissage difficile !

En gros, nous devrions nous en sortir plus ou moins comme sur la photo à notre gauche mais la réalité est toute autre... Malgré nos cotisations de millionnaires pour avoir une retraite correcte, la majeure partie d'entre nous frôlent le seuil de pauvreté lorsque la première pension de retraite tombe. En 2012, sur 14 millions de retraités, six millions sont considérés comme pauvres. Ils vivent, se logent et se nourrissent avec moins d'un smic. Adieu donc tipi, yourte, tutu et parachute, adieu jouvance et bienvenue à la déprime. Que faire de tout ce temps sans moyens pour l'occuper ? Les âmes bien intentionnées vous diront sans doute : "investis-toi dans une association, fais du bénévolat, c'est enrichissant de s'occuper des autres tu sais !" Et ta soeur ! Comme si nous ne le savions pas ! S'occuper des autres, nous avons fait cela toute notre vie et maintenant, ce que nous désirons, c'est prendre soin de nous et de nous seuls, pouvoir enfin vivre égoïstement le reste de nos vies sans honte ni scrupules.

Le deuxième constat et pas des moindres, est que le voyage vers le pays de la retraite s'annonce cahotique au regard de nos capacités physiques qui fondent au fil du temps comme un sorbet citron oublié en plein soleil. La randonnée à pied à travers le monde finira peut être dans un bus climatisé remplis de gens comme nous, à savoir des vieux,  direction Lourdes où nous prierons tous joyeusement à genoux malgré nos rhumatismes pour un prompt rétablissement qui ne viendra sans doute jamais ! Le tutu et les pointes seront vite remplacés par une cane puis un déambulateur, et le tipi par un lit médicalisé.

Et pour finir sur une note positive, on dénombre en France environ 3.000 suicides par an chez les plus de 65 ans, qui représentent 20% de la population, mais 28% des suicides. Le suicide des personnes âgées est quasiment à 100% lié à la dépression", assure Marie-Claude Frénisy, psychologue. La dépression est l'une des pathologies les plus fréquentes chez les personnes âgées. Le grand âge, c'est celui des pertes: on perd ses amis, sa famille, ses capacités...Conclusion : Prenons soin de Nous !

La Seringue.