Il semblerait qu'un certain nombre de journaleux avides de scoops se soient installés dans la même rue pour distiller leur venin et il semblerait aussi, que cela plaise à certains d'entre nous de s'en  faire l'écho. Je parle bien évidemment des faits divers de fraudes et escroqueries concernant notre profession qui pullulent dans les kiosques à journaux, dans les médias et sur la toile.

Les traitements de l'information étant différents pour chacun (Non, les médias ne sont pas impartiaux !), les journalistes s'échinent  à dévoiler le montant des préjudices subis par les caisses à grand renfort de zéros. Le but du jeu étant, semble-t-il, de trouver la somme la plus extravagante. Il n'est pas question ici de contester les fraudes éventuelles mais il serait bon pour les journalistes de faire preuve d'équité et d'objectivité, le montant des sommes détournées restant à prouver lors d'un procès, nul n'est besoin de le mentionner. Le terme "accusé de fraude et d'escroquerie" se suffit à lui-même, spécifier combien a juste pour effet de faire du sensationnel.

« Article 11. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis. » (Déclaration Universelle des Droits de l'Homme - ONU - 1948).

 

Dans la Grèce antique,  Socrate, doté d’une grande sagesse, a inventé le test des trois passoires :


Un jour, une de ses connaissance est venu trouver le grand philosophe et lui dit :

- Sais-tu ce que je viens d’apprendre au sujet de ton ami ?

- Un instant, répondit Socrate. Avant que tu ne me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des trois passoires.

- Les trois passoires ? Répliqua son interlocuteur.

- Oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des trois passoires.

 

La première passoire est celle de la Vérité.

As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?

- Non, j’en ai seulement entendu parler…

- Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité.
Essayons de filtrer autrement en utilisant une seconde passoire,
celle de la Bonté.

Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?

- Ah non ! Au contraire !

- Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur mon ami et tu n’es même pas sûr qu’elles soient vraies…

Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une troisième passoire, celle de l’Utilité.
Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

- Non, pas vraiment… hésita l'ami.

- Alors conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?

 

En d'autres temps, une certaine propagande a stigmatisé un peuple et a mené des tas d'innocents vers les camps d'exterminations avec l'assentiment de beaucoup de lecteurs. Le travail de sape à l'égard de la population juive ayant été fait depuis l'affaire Dreyfus en 1894, l'antisémitisme fut dès lors banalisé dans les journaux.

La Charte de Munich  est adoptée le 24 novembre 1971, par tous les syndicats de journalistes européens

Ce texte précise en préambule que « le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain » et que « la responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics ».

Le texte distingue d'une part dix devoirs et cinq droits, en précisant que tous concernent aussi bien les journalistes que leurs employeurs.

Parmi les dix devoirs, le respect de la vérité et de la vie privée, l'impératif de ne publier que des informations « dont l’origine est connue » ou accompagnées de réserves, l'obligation de « rectifier toute information qui se révèle inexacte », de « ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement » et de refuser les pressions comme « les consignes, directes ou indirectes, des annonceurs ».

Parmi les cinq droits cités par ce texte, la possibilité d'avoir un « libre accès à toutes les sources d’information » et d’enquêter « librement » sans se voir opposer le « secret des affaires publiques ou privées », sauf exception clairement justifiée.

La Seringue.