Ou comment dire gentiment que je suis excédée !

Il semble que ce soit légion au sein de notre profession de mettre en avant, et cela, de manière récurrente, les faits divers relatant les vols, fraudes, gardes à vue et procès qui touchent certains de nos consoeurs et confrères.

Je ne pose pas la question ici de savoir si les articles de presse les concernant sont légitimes ou non parce que ce n'est pas mon propos.

je me suis plutôt interrogée sur les raisons de notre intérêt pour ces faits divers en dehors du fait qu'ils intéressent notre profession.

Serait-ce pour être rassuré sur sa propre situation ? (Je ne suis pas un voleur, je suis quelqu'un d'honnête moi monsieur !) ; Serait-ce par simple goût morbide d'épater ses congénères avec des chiffres qui donnent le frisson ? (il/elle escroque la sécu de plus de 100000000000000000 d'euros !) ; Serait-ce par pure curiosité, compassion, empathie, admiration ou par voyeurisme ? A vrai dire, il semblerait que ce soit un mélange d'un peu tout cela.

 

Mais quel est donc cet étrange sentiment qui nous habite ?

Le terme allemand (de Schaden et Freude) signifie littéralement « dommage-joie » et peut se traduire par « joie du malheur d'autrui ».La Schadenfreude est la mauvaise joie, la  joie malsaine ou la  joie maligne, que l'on éprouve en observant le malheur d'autrui. Comme le montrent les termes francophones équivalent, se réjouir du malheur des autres est considéré comme un sentiment mauvais et semble universellement condamné, même par celui qui y participe. En allemand, le mot a toujours une connotation péjorative

Ce sentiment s'apparente au sadisme, à la différence qu'il est passif et que le spectateur ne prend pas une part active à l'accomplissement du malheur. Il en jouit simplement.

 

Pourquoi tant de haine ?

Selon Emily Anthes, journaliste scientifique et médicale à New-York, il semble scientifiquement avéré que les mauvaises pensées font du bien ou, tout au moins, procurent du plaisir. Le plaisir au malheur d'autrui serait comme une sorte d'instinct et certainement pas le fruit d'une pensée, encore moins d'une réflexion. L'histoire de l'homme n'est faite que de luttes et de compétitions d'abord alimentaires, sexuelles et territoriales, puis économiques et idéologiques. L'échec d'un rival étant une opportunité pour les autres, la schadenfreude  est rendue plus légitime et acceptable au sein d'un groupe même si cette émotion est honteuse et vile  et que chacun s'en nourrit. Le groupe tend à valider socialement ce sentiment qu'est la schadenfreude. La souffrance d’autrui  procure du plaisir, et l’on ne peut avoir de telles émotions que vis-à-vis de personnes mauvaises. Les scientifiques qui étudient ce phénomène ont appris que ce bonheur secret suscité par le malheur d’autrui a des fondements biologiques. Quand on observe l’activité cérébrale de personnes qui l’éprouvent, on constate que les aires du plaisir sont en jeu. Aussi, quand il s’exerce dans un groupe, le plaisir tiré du malheur d’autrui résultant de rivalités apparemment bénignes pourrait encourager de réels préjugés. L'étude de cette émotion d'une réelle importance a aidé à comprendre pourquoi une grande majorité de la population n'est pas intervenue lorsque des individus ont persécuté d'autres groupes (juifs, homosexuels, tutsis au Rwanda, femmes tondues pendant la deuxième guerre mondiale...)

La Seringue.

Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas  syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas catholique
Et, puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester

(Pasteur Martin Niemöller - Dachau 1942)