Nommé en novembre 2004 à la tête de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAMTS), Frédéric Van Roekeghem nous a malheureusement quitté à la fin de l'année 2014 pour rejoindre des contrées plus douces mais sans doute aussi plus lucratives.

Dix ans de bons et loyaux services à diriger d'une main de fer cet établissement public national à caractère administratif qu'est la CNAMTS.  Deux fois cinq ans tant on l'appréciait au sein de cette noble institution. La loi de réforme de la Sécurité Sociale de 2004 mise en vigueur en janvier 2005 lui a donné pleins pouvoirs. A l'époque, directeur de cabinet du ministre de la santé, il est le principal architecte de ladite réforme. Sic !

 

 

 

Doté de superpouvoirs, le patron des caisses de Sécu, Frédéric Van Roekeghem, veut redresser les comptes !

Formé à l'Ecole polytechnique, Frédéric Van Roekeghem a fait une partie de sa carrière à Bercy, a été directeur de l'audit du groupe AXA et a été patron de la banque de la Sécurité Sociale, l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss).
Il milite en faveur d'une assurance-maladie qui part du principe d'une logique de coût pour arriver à une logique de retour sur investissement.
Sa devise : "C'est en changeant tous un peu qu'on peu tout changer" (Bienvenue en 1984 chez Monsieur Georges Orwell !)

En 2004, les objectifs de la réforme étaient les suivants :

  • la réorganisation de la gestion de l’assurance maladie (les principaux régimes d’assurance maladie ont été regroupés dans une Union Nationale des Caisses d'Assurance Maladie (UNCAM) qui n'a plus qu'un rôle de "conseil" qui fixe les orientations  - Notre ami devient alors général d'infanterie et mène  à la baguette les directeurs des  Caisses qui parfois ne s'en remettront pas, il peut négocier et signer tout seul les accords conventionnels avec les professions médicales. Il devient Dieu en somme, enfin non, "Rocky", c'est son surnom ! oui, oui, comme le Balboa que l'on connait tous : "Adriennnnne" (désolée, c'est la culture qui remonte et fait des hocquets...) Les directeurs sont rémunérés à la performance, réduits à jouer les huissiers de justice. Peu importe la qualité, ce qu’il faut c’est engranger des économies. Il impose à ses équipes les notions anglo-saxonnes de "benchmarking" (comparaison avec la concurrence) et de "reporting" (retour d'expérience). Sous sa houlette, le réseau a été réduit de 128 à 101 caisses primaires. A cela s'ajoute, les diminutions d'effectifs au sein des caisses, le personnel qui part en retraite n'est pas remplacé dans la majorité des cas.
  • une nouvelle organisation des soins qui vise la maîtrise des dépenses de santé (création du parcours de soins coordonné et du dossier médical personnel, forfait d’un euro par acte de soin, renforcement des contrôles et de la lutte contre les fraudes, pénalisation financière si le patient ne choisit pas de médecin traitant, gestion du risque, baisse des droits des malades en Affections Longue Durée (ALD), transfert de charges aux complémentaires santé)
  • une réforme du financement de l’assurance maladie.

En 2005,  la convention nationale entre l’assurance maladie et les médecins, accouchée dans la douleur, est signée.

En 2006, Frédéric Van Roekeghem fait signer à 15 000 médecins-conseils une convention mettant en œuvre une rémunération aux résultats, ainsi qu’un « contrat d’amélioration des pratiques individuelles ».

En 2007, mise en place des franchises médicales, qui signe le désengagement de l’État vis à vis de la protection sociale, et qui laisse de plus en plus de place dans le système de soins aux assureurs privés au détriment des plus précaires

En 2008, lancement du programme SOPHIA, un dispositif d'accompagnement des patients diabétiques

En 2009, contre l'avis des syndicats de médecins, il impose les contrats individuels rémunérant les médecins "à la performance" en fonction d'objectifs de santé publique.

En 2010, de déremboursement en franchise, la sécurité sociale ne rembourse bientôt plus que 50 % des soins ambulatoires, en maintenant la pression sur les professionnels de santé les moins bien rémunérés, infirmiers, généralistes et spécialistes de secteur 1, pour les pousser à la disparition. Sous couvert d¹améliorer la gestion,
se créent alors des Agences Régionales de Santé, sous la houlette de Nicolas Sarkozy. En 2010 toujours, la légalisation de la « télémédecine »  où l'art de faire de la médecine sans médecin gérée à distance depuis un centre d¹appel vers des objets connectés

EN 2012, il a négocié et paraphé avec les syndicats de médecins libéraux l’avenant 8 à la convention de 2011 prévoyant un nouveau système de sanctions conventionnelles contre les dépassements abusifs et instaurant un contrat d’accès aux soins (CAS)

Le prix du Manager Public 2012 de l’année est attribué à Frédéric van Roekeghem pour le projet SOPHIA. pourtant, ce programme d’éducation thérapeutique coûteux, à l’évaluation indigente est dénoncé par la Cour des Comptes.

En novembre 2014, MSH INTERNATIONAL (Une filiale de Siaci Saint Honoré spécialisée en assurance santé à l'étranger) annonce la nomination de Frédéric van Roekeghem comme Directeur Général de MSH INTERNATIONAL. Il est remplacé par Nicolas Revel à la tête du CNAMTS.

Frédéric van Roekeghem nous quitte fin 2014 en laissant les professionnelles de la santé épuisés, laminés par un système qui tend à les faire disparaitre au profit de structures où le libéral n'aura plus sa place, démotivés par la charge de travail administratif, assommés par les charges professionnelles, démoralisés par tant de dédain de la part de leurs élus.

Pour tout cela, Frédo, franchement, je ne te dis pas MerciI  !

 

"TROP TIRER ROMP LA CORDE"

 
Nicolas Revel, énarque prend la relève depuis fin 2014, comme quoi, un technocrate en chasse un autre et il va devoir assumer la lourde charge de défendre le bébé de Marisol Touraine, à savoir, le projet de loi de santé. Nous lui souhaitons bon courage dans ce combat qui, j'en suis persuadée, va faire monter au créneau tous les professionnels de santé qui ne se reconnaissent pas dans cette vision du soin de demain.

 La Seringue.