La nouvelle est tombée comme un couperet, une séance de soins infirmiers AIS 3 doit avoir une durée effective de trente minutes sous peine de nuire à la qualité des soins.

Le 12 mars 2015, la Cour de Cassation, Deuxième Chambre Civile a estimé que "la NGAP n'envisage le remboursement des séances de soins infirmiers cotées AIS 3 que lorsque les soins sont effectués en respectant la définition de l'acte ; que comme le fait valoir à juste titre la caisse, la séance de soins infirmiers telle que définie à la NGAP à savoir « d'une demi-heure à raison de quatre au maximum par 24 heures, que la caisse a fixé à 17 h l'amplitude de travail au-delà de laquelle la qualité des soins ne peut plus être garantie, ce qui équivaut à un nombre d'actes de 34 par jour".

Et si l'on parlait de qualité et de continuité des soins puisque l'un ne va pas sans l'autre.

Comment définit-on la qualité des soins ?  Quels en sont ses critères ?

Tous les professionnels de santé sont concernés et responsables de cet idéal recherché. L'infirmier libéral, qui sert d'interface entre le patient et les autres professionnels engagés dans les soins est particulièrement impliqué, la qualité donnant du sens à sa pratique.

Définitions des soins de qualité :

"Les soins de haute qualité sont les soins visant à maximiser le bien-être des patients après avoir pris en compte le rapport bénéfices/risques à chaque étape du processus de soins." Avedis Donabedian, 1980

"L'évaluation de la qualité des soins est une démarche qui doit permettre de garantir à chaque patient l'assortiment d'actes diagnostiques et thérapeutiques lui assurant le meilleur résultat en terme de santé, conformément à l'état actuel de la science médicale, au meileur coût pour le même résultat, au moindre risque iatrogénique, pour sa plus grande satisfaction en termes de procédure, résultats, contacts humains à l'intérieur du système de soins." Organisation Mondiale de la Santé, 1982

"Les soins de hautre qualité contribuent fortement à augmenter ou maintenir la qualité de vie et/ou la durée de vie." American Medical Association, 1984


"Capacité des services de santé destinés aux individus et aux populations d'augmenter la probabilité d'atteindre les résultats de santé souhaités, en conformité avec les connaissances professionnelles du moment."
Institute of Medicine, 1990

La Qualité des soins repose sur trois plans :

- Le plan Relationnel : de lui dépendra la qualité technique et organisationnelle du soin. Il s'agit de la communication, du soutien du malade et de sa famille, de la relation d'aide, de l'empathie, de la présence. Pour l'infirmier libéral, tout se joue lors de la première rencontre.

- Le plan Organisationnel : Evaluation de la qualité et de la charge des soins, analyse des pratiques professionnelles, enquête de satisfaction, analyse des plaintes, multidisciplinarité

- Le plan Clinique :soins de la douleur, prévention des infections, dossier infirmier.

La qualité est une notion multidimensionnelle :

 

La notion de normes de soins infirmiers doit répondre à la fois aux exigences de qualité des usagers, aux grandes orientations de politique de santé notamment en matière, de douleur, de sécurité, de fin de vie, de violence, ainsi qu’une réponse à l’exigence d’une maîtrise de l’exercice professionnel reflétant une évolution des pratiques de soins et un niveau de professionnalisme. La qualité est  une notion multidimensionnelle regroupant cinq catégories : efficacité, sécurité, réactivité, accès et efficience.

Ces dimensions englobent souvent une série d’autres dimensions parfois nommées différemment selon les cadres, telles que la pertinence, la ponctualité (timeliness), l’aptitude (patient centeredness), la continuité, la satisfaction, la compétence technique, etc.

 

Quand la qualité est mise à mal :

La très sérieuse revue médicale The Lancet affirme dans son édition du 26 février 2014 que la vie des patients pourrait être en jeu lorsque les infirmières sont surchargées de travail. Dans les hôpitaux où chaque infirmière est chargée de six patients en moyenne et où 60%, ou plus, de l'équipe a le niveau licence, le risque de décès du patient dans les 30 jours est pratiquement inférieur d'un tiers à celui des établissements où chaque infirmière a à sa charge huit patients et où seulement 30% d'entre elles possèdent ce degré d'éducation. A chaque patient supplémentaire par infirmier correspond une hausse de 7% du risque de mort pour le patient. Et, chaque augmentation de 10% de la proportion d'infirmière qualifiée niveau licence se traduit par une baisse de 7% de la mortalité (étude réalisée dans 9 pays européens mais pas en France !)

Les nouvelles stratégies de gestion appelées "LEAN MANAGEMENT" (gestion dégraissée littéralement) venant tout droit du Japon envahissent nos hôpitaux et les Caisses Primaires d'Assurances Maladie. Gérer les secteurs de la santé comme on gère une entreprise, c'est la nouvelle tendance à la mode. Elles tendent  à optimiser les processus, éliminer les temps morts et les gâchis. Cadences infernales, perte des repères professionnels, risques aussi pour les malades, qui sont hospitalisés le moins longtemps possible... Les soignants disent souffrir de cette nouvelle organisation et on les comprend...

Ces méthodes de gestion à l'économie entraînent des réactions de la part de nombreux syndicats :

"La colère gronde au Centre Hospitalier de Châteauroux...Un syndicaliste de Force Ouvrière déclarait, ce vendredi matin, à un de nos journalistes : "il manque une vingtaine de postes de remplaçants dans de nombreux services, notamment, la réanimation, la neurologie, la médecine interne et la gynécologie. En cardiologie, par exemple, il n’y a qu’une infirmière de nuit pour deux étages et quarante-deux lits…".(Source France3 Régions/Nov 2014)

"Une enquête internationale jette la lumière sur les opinions des infirmières quant à leur profession et à la qualité des environnements de soins. Les infirmières estiment que l’insuffisance des effectifs et la surcharge de travail ont un impact négatif sur la qualité des soins prodigués aux patients. Près de la moitié des infirmières interrogées (46%) estiment que leur charge de travail s’est aggravée depuis cinq ans, avec des conséquences potentielles sur la qualité des soins prodigués aux patients." (Source SNPI - mars 2014)

"Au début de l'année, la CFDT a mené une enquête sur l'ensemble des Ehpad public du département. Dans une lettre remise au Département, à l'ARS, ainsi qu'à la Ministre de la Santé, le syndicat fait apparaître « un profond décalage » entre les moyens requis et les moyens réels, que ce soit le temps consacré au résident, le matériel ou les effectifs. « La nuit sur une période de douze heures, le personnel de certains établissements n'a que deux minutes à consacrer à chaque résident », explique Véronique Pors, responsable CDFT Santé-Sociaux. L'après-midi, la moyenne monte à 16 minutes, puis à 45 en matinée, où se fait la toilette." (lepopulaire.fr/déc 2014)

"Le personnel hospitalier en gériatrie du Groupe Hospitalier du Havre en a ras-le-bol. « Alors que l’effectif minimum de sécurité affiché en Ehpad est de quatre infirmières par jour (contre neuf par le passé), à Rouelles, par exemple, elles ne sont régulièrement que deux pour 169 résidents. Et la nuit, nous disposons d’une seule infirmière qui doit être mobile sur les quatre sites de la ville ». On compte Rouelles, Sanvic, Pasteur sans oublier Calmette et son accueil de long séjour." (normandie-actu.fr/avril 2012)

Une infirmière salariée qui a la charge de 140 pensionnaires sur 7 étages ne pourra consacrer que 4 minutes 30 à chaque malade en supposant qu'elle travaille dix heures d'affilée sans s'arrêter et sans compter le temps pour couvrir les sept étages !!!

Deux infirmières par jour pour 169 résidents ou une seule par nuit, je vous laisse faire le calcul ...

A partir de quel moment la qualité des soins est-elle menacée ? Tout dépend de quel côté on se place, la place du patient qui voudrait à juste titre que l'on consacre le temps nécessaire à ses soins, la place de l'infirmier salarié qui réalise les soins dans des conditions qui ne sont pas toujours optimales puisqu'il est assujetti à la gestion du personnel de son service, la place des gestionnaires qui veulent réaliser des économies à tout prix parce qu'ils ont des objectifs de performance.

L'infirmier libéral qui voit 40 patients/jour et qui travaille entre 12 et 15h00 par jour aura tout de même, en moyenne, entre 14 et 18 minutes à consacrer à chaque patient quotidiennement (si on soustrait trois heures de trajet journalier cumulé). Les quotas  nous sont aujourd'hui imposé sans qu'il n'y ai eu aucune étude sur une quelconque détérioration de la qualité de nos soins, c'est un jugement purement arbitraire qui n'a aucun fondement et contre lequel nous devons nous défendre.

La Seringue.