Aujourd'hui, c'est dimanche et moi, le dimanche, je me détends...


Les doigts de pieds en éventail, bercée par les alizés, confortablement installée dans mon hamac (privilège des pays chauds me direz vous !) j'ai décidé de me laisser aller et de lâcher prise cet après midi, pour non seulement me faire du bien, mais aussi et surtout pour ne pas dessouder un innocent avant ce soir !

Je vais donc, afin d'alléger mon fardeau, dresser quelques petits portraits de nos très chers patients et par la même occasion leur tailler un joli costard en espérant que vous les reconnaitrez.

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite bien évidemment.

"L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre." (Georges Wolinski)

Allez, c'est parti pour une petite série de trois portraits, on leur tire la binette gratos et on les rhabille pour l'hiver, en avant !!! D'autres viendront par la suite.


L' Hypocondriaque

J'en entends déjà murmurer : "celui-là, je le connais !" Et, en effet, c'est une espèce prolifique pour laquelle on a tous une anecdote à raconter. C'est le type de patient qu'on adore...

Il a déjà consulté 374 médecins,spécialistes, rebouteux et charlatans en tous genres qui n'ont pas été à même de soulager ses maux.

Vous n'avez pas encore passé le portail de son jardinet et atteint la sonnette que vous l'entendez déjà tousser comme un moteur de camion bronchitique. Vous pénétrez alors dans l'antre de la bête et là, vous le trouvez grimaçant, gisant et agonisant dans son plumard où il passe la majeure partie de sa vie, le thermomètre dans une main et la bouillotte dans l'autre.L'encyclopédie médicale en 55 volumes reliés cuir empilée dangereusement sur sa table de nuit au milieu des pilules, des sirops et des cocktails "fait maison" grâce à l'indispensable revue mensuelle "Je me Soigne Moi-même Personnellement Tout Seul" dont le premier numéro est paru en 1947.  Et comme de bien entendu, vous qui êtes bien élevé et poli,  vous lui demandez dans un moment d'abandon "comment ça va ce matin" et paf, trop tard, vous avez tout faux parce que vous saviez pertinemment que c'était la question qu'il ne faut JAMAIS poser, Sacrebleu de Saperlipopette !!! Ce moment de distraction va vous coûter votre demi heure voire votre heure bien remplie (parce que c'est chronophage ces bestioles !) où vous passerez du choléra à la peste, du lymphome au gliome, du Smecta au Lexomil, de l'épidémie de grippe au paludisme, de la diarrhée à la constipation et aux autres joyeusetés médicales dont on vous rebat les oreilles toute la journée. En sachant que vous aurez la pathologie du lundi, celle du mardi et les autres des jours d'après (55 volumes, ça fait un paquet de trucs qu'on peut attraper en dehors de ceux que l'on invente !!!) Et vous aurez beau lui parler des petits oiseaux qui chantent, du ciel bleu et de l'été qui arrive, il s'en tamponne le coquillard !  Ce qu'il veut, c'est que vous l'entendiez, que vous compreniez sa souffrance, Nom de Diou parce qu' il faut qu'il évacue. Sa seule raison de vivre à lui, c'est LA MALADIE.

L'Optimiste

Alors celui-là, il n'a rien ou presque, c'est le genre pansement de propreté d'une appendicectomie réalisée en deux temps trois mouvements, et vas y que je te le fais à la chaîne tellement c'est fastoche, ou alors un vaccin anti-grippal, ou bien encore une petite antibiothérapie en intra musculaire de moins d'une semaine. Vous vous dites qu'en dix minutes chrono, le truc est bâché, et bien NON !!! Ce grand gaillard de 1m92 va vous manger vos minutes comme un horodateur parisien tout simplement parce que son moteur à lui, c'est la trouille, les pétoches, la frousse, les fouets bref la peur de voir sa dernière heure sur terre arriver comme un tsunami sur les Maldives. Planqué sous son edredon, il attend le coup de grâce qui le fera passer de vie à trépas en grelotant et en vous suppliant de ne pas l'approcher et surtout de ne pas le toucher. De négociations en négociations, on arrive à coincer l'animal et à faire à peu près son boulot mais ça prend quand même des plombes. Forcément, La persuasion est un arme qui nécessite du temps. Pour lui, tout rapport avec la médecine est un pas de plus  vers le cimetière et la grande faucheuse, et le moindre rhume peut très vite se transformer en  fièvre Ebola, la moindre coupure en gangrène et le moindre bouton d'acnée en mélanome très malin. La raison n'a rien à voir là dedans, c'est incontrôlable, il a tout simplement très peur de MOURIR.

A noter que l'hyponcondriaque peut être optimiste et vice versa...ce qui n'arrange rien...

 

L'Hospitalier

ça (oui je sais, on ne dit pas ça pour des êtres humains mais là, je me soulage, j'ai dit !!) c'est tout ce qu'on déteste, le mal élevé qui ne dit jamais ni bonjour, ni merci, l'acariâtre qui n'est jamais content et qui vous le fait savoir chaque jour, celui qui vous plombe l'ambiance dès six heures du matin avec des compliments du genre, "vous vous êtes coiffé avec un pétard ou quoi ce matin" ou "votre robe vous grossit, vous avez pris du poids, c'est la ménopause je parie !" celui qui décroche pas un mot pour bien vous faire sentir que vous venez de pénétrer dans son territoire et que vous êtes tout, sauf le bienvenu, celui qui vous fait la gueule quand vous avez deux minutes trente de retard et il les compte les minutes puisqu'il a les yeux rivés sur la pendule toute la journée tellement il n'a rien à foutre. Celui qui vous hurle dans l'escalier "prenez les patins, c'est pas un hall de gare ici", celui qui critique sa voisine, son boulanger, la politique, et les jeunes d'aujourd'hui. Celui qui  ne supporte pas les gamins qui jouent dans la rue. Celui qui ne vous a jamais demandé comment vous alliez vous, bref celui qui déteste le monde entier parce qu'il est MALADE et qu'il faut bien trouver des fautifs, celui qui est aigri de voir qu'il y a des gens heureux, celui qui déteste rire et chanter, qui n'aime pas la vie et qui se plaint tout le temps. Bref, celui qui, au lieu de dire simplement, "je suis malheureux", fait chier son monde 365 jours par an à tel point que sa propre famille a préféré l'oublier. Et à celui-la, parfois, je dis bien parfois, j'aurais envie de dire "Et une baffe dans ta tronche, ça te dirait ? Je ne sais pas pour lequel de nous deux ce serait le plus salutaire mais il est des démangeaisons que l'on doit réprimer, ça ne fait pas propre sur le papier et la colère est mauvaise conseillère.

La Seringue.